Pourquoi les mêmes schémas reviennent, malgré toute la volonté du monde
Une lecture courte, pour mettre des mots simples sur ce qui se rejoue — sans le réduire à un manque de volonté.
Une lecture courte, pour mettre des mots simples sur ce qui se rejoue — sans le réduire à un manque de volonté.
Vous l'avez sans doute déjà remarqué : certaines situations reviennent, presque à l'identique. Une même façon de réagir, un même type de relation, une même tension qui s'installe au moment où vous pensiez avoir avancé.
On parle souvent de schémas. Le mot est juste, mais il manque quelque chose. Ces schémas ne sont pas seulement des habitudes mentales. Ils s'inscrivent dans le corps, dans la respiration, dans la manière dont le système nerveux a appris, un jour, à se mettre en sécurité.
Quand un mécanisme se répète malgré vos efforts, ce n'est pas le signe que vous manquez de discipline ou de lucidité. C'est souvent l'inverse : une partie de vous a très bien compris, à un moment donné, qu'il fallait s'adapter — se taire, anticiper, contrôler, fuir, sur-fonctionner. Cette stratégie a sans doute été précieuse. Elle a permis de tenir.
Le problème n'est pas qu'elle ait existé. C'est qu'elle continue de tourner, longtemps après que le contexte a changé.
Lorsqu'un système reste longtemps en état d'alerte ou d'adaptation, il finit par fonctionner en pilote automatique. Le corps n'attend plus le danger : il l'anticipe. Une voix qui monte, un silence qui s'installe, un message qui tarde, et déjà quelque chose se contracte, se prépare, se protège.
Ces réactions ne passent pas par la pensée consciente. Elles sont plus rapides. Le mental, lui, arrive après — pour rationaliser, justifier, parfois s'en vouloir.
On peut très bien identifier un schéma, en connaître l'origine, l'avoir relu cent fois, et le voir se rejouer la semaine suivante. Ce n'est ni un échec, ni une régression. C'est simplement que la compréhension intellectuelle ne touche pas, à elle seule, les couches où ces mécanismes sont enregistrés.
Le corps a besoin d'expériences nouvelles, pas seulement de nouvelles idées. Il a besoin de sentir, dans la durée, qu'il peut relâcher la vigilance sans que tout s'effondre.
Manger sans faim, scroller sans envie, travailler sans relâche, plaire, contrôler, anticiper : ces gestes ne sont pas des défauts à corriger. Ce sont, le plus souvent, des tentatives de régulation. Le système cherche, par les moyens qu'il a appris, à faire redescendre une tension trop ancienne.
Tant que cette tension de fond n'est pas entendue, le comportement revient. Non par faiblesse — par fidélité à une ancienne sécurité.
Le travail thérapeutique n'efface pas un schéma comme on effacerait une ligne de code. Il propose autre chose : un espace assez calme, assez fiable, pour que le système ose essayer une autre réponse. Petit à petit, ce qui était automatique devient choisi. Ce qui se rejouait à votre insu devient lisible, et plus doux à traverser.
Il n'y a rien à réparer en vous. Il y a, peut-être, des parties anciennes qui n'ont pas encore reçu le signal que tout va bien maintenant.
Jeanne Gree — Thérapies brèves & accompagnement thérapeutique
Et si ces schémas n'étaient pas un défaut à corriger, mais une ancienne protection à reconnaître ?